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L’ARTISTE – LE POÈTE
vision personnelle
Ode à la rosée du Soir

« Ode à la rosée du Soir » peinture
acrylique sur toile décembre 2011 © Raynald Légaré
RAYNALD LÉGARÉ
Atelier Lichepain
L’ARTISTE – LE POÈTE
VISION PERSONNELLE
Ce texte, non exhaustif, je le présente ici sans
aucune prétention. Je ne détiens aucune vérité. C’est un texte
autobiographique que je désire partager avec les gens et les artistes.
Puisque je vis de l’art depuis maintenant 43 ans, je ne veux ici que
décrire ce qu’un artiste peut ressentir quotidiennement à travers ses
recherches, ses trouvailles et ses interrogations.
J’aime beaucoup l’idée créative de l’invention, du
jamais vu, du jamais fait. L’artiste véritable travaille comme dans un
laboratoire de recherche. Ce n’est pas moi qui l’ai dit, c’est mon ami
Antoni Tàpies¹ qu’il vous faut connaître sans faute.
L’artiste explore, il cherche et trouve parfois; il
se surprend, il se cherche et se questionne. Il erre aussi et se
retrouve souvent devant un précipice, devant une page blanche, devant
une page qui attend d’être animée, aimée, colorée d’idées, dictée…
L’artiste ne cherche pas à plaire sans faute et n’a
pas comme objectif premier l’esthétique, ni l’esthétisme, ni la vente;
s’intéresse peu au monde de l’art. Il préfère le monde de l’artiste et
tout ce qui se passe en atelier.
Dans son laboratoire, il se crée une atmosphère, il
est libre comme l’air. Totalement, il gestuelle et se permet toutes les
fantaisies. Il a tous les droits et n’a aucune règle. La seule règle qui
prévaut, c’est celle du temps qui n’existe pas, du téléphone qui ne
sonne plus, celle des règles à contourner sans faute. Sa règle de la
recherche, c’est l’exploration libre sans attentes ni buts précis.
Vivre des moments magiques avec la couleur et la
matière, avec la vie. Vivre seul à réfléchir ou même travailler sans
trop réfléchir. À être disposé à recevoir l’accident et à en bénéficier.
La spontanéité, le geste, la vivacité et l’excès contribuent à faire
d’un tableau, une chose quelconque et possiblement intéressante. Il faut
de l’amour et vouloir apprendre les techniques et les règles de base,
les assimiler pour enfin mieux s’en départir pour laisser place à
l’imagination, à la création, à l’invention.
Il tente d’avancer sans avancer… de marcher dans le
sentier, réinvente sa route, son chemin jusqu’à l’infinie éternité. Il
tente d’essayer de se faire aimer par l’entremise de son œuvre². Il veut
le vivre d’abord puis le partager.
À essayer, à étudier, à faire des études, des
esquisses, des essais, des croquis, des plans, des mouvements, des
poèmes devant les nuages, à poursuivre sa quête, parfois, une œuvre
ressort de nulle part. Parfois une œuvre se fait sentir. D’un accident,
une autre se fait voir et d’un contrôle à demi pratiqué, une autre se
fait valoir. Être à l’écoute, disponible et à l’affut de tout ce qui
peut arriver, l’artiste demeure aux aguets et fort concentré sur le
travail. Car il s’agit bien ici d’un travail de très longue haleine. Une
démarche artistique, plastique est jalousement suivie et soigneusement
respectée.
¹Tàpies Antoni : peintre espagnol. Son œuvre a
oscillé d’une sorte d’ascèse (la nudité du mur) à la paraphrase ironique
du réel (objets ou détritus piégés dans l’épaisseur de la matière, voire
assemblés en trois dimensions), en passant par l’intensité vitale des
graffitis et des lacérations.
²Œuvre : Ici, utilisé au masculin, le
mot œuvre indique l’ensemble de son œuvre.
Enivrement global transitoire
Il se peut que la main parte d’elle-même, là où l’on
perd le contrôle de soi, là où on n’est plus là. L’enivrement, l’ivresse
prennent place et s’installent dans le conscient et l’inconscient. Là où
plus rien n’existe à part les doigts et la main et le bras qui se font
aller sans trop penser, sans trop réfléchir. Sous une écoute musicale,
le rythme se crée. Une spontanéité naturelle exerce toute son influence
et certaines connaissances de base refont naturellement surface
instinctivement. La joie, le plaisir, la réflexion, la poétique, la
sensibilisation : Être à fleur de peau. L’enivrement global transitoire
a fait son effet.
Une couleur en amène une autre, en invite une autre.
Elles se chevauchent, s’entrechoquent et ça va de soi. Il faut que tout
coule de source…
Le résultat n’a pas rapport et est, par conséquent,
sans importance. Il y eut rapport déjà entre l’art et l’être sans
manigance. On se retrouve souvent sans résultat probant et, si à tout
hasard, il y en a, merci le ciel. Plus souvent qu’autrement, il y eut un
moment de grâce, un instant où tous les éléments réunis ont opté pour
une œuvre. Jamais ou rarement pour un chef-d’œuvre. Un chef-d’œuvre³,
c’est l’exception; un chef-d’œuvre, c’est la vie, c’est la perfection.
Je me plais à répéter que mes deux plus grands chefs-d’œuvre sont mes
deux fils.
Et la vie est immatérielle. De là, le peu
d’importance accordé au matériel. Le tableau n’est que prétexte à des
rencontres, à des liens, à des communications. Il est le fil conducteur
entre l’émetteur (l’artiste) et le récepteur (le spectateur, le
regardeur, l’admirateur). Qu’il soit beau, laid, bousculant, choquant,
le tableau parle et crée une communication. Dominique Aubier parle de
chef-d’œuvre en ces termes au sujet de Hans Hartung. « Toute œuvre
artistique résolument poursuivie combat la médiocrité, la sottise et
l’aveuglement. Cette lutte dissimulée a aussi ses moments de colère, ses
coups d’impatience. Nous les appelons chefs-d'œuvre. »
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le tableau
semble si peu important par rapport au vécu, puisqu’il travaille
constamment avec du matériel, des objets et des choses. Mais l’artiste
travaille surtout avec des idées, de la spontanéité, de la couleur et un
monde à réinventer.
L’immatériel (l’idée) devient matériel (tableau),
puis redevient immatériel par le voyage dans le temps et l’espace que
fait le spectateur en s’accaparant du contenu de l’œuvre. L’artiste
donne à voir, à voyager, à réagir, à poétiser. L’artiste tend à partager
des idées, des opinions, des vues, des visions, des histoires, des
épreuves, des secrets; voire même une partie de sa vie, de ses
sentiments, de ses goûts, rêves et désirs. Il tend à livrer ses
expériences par des expositions et des publications. Il montre et
démontre, il veut annoncer la bonne nouvelle et propager des choses
belles, des idées nouvelles. J’irais jusqu’à dire qu’il désire sauver le
monde. L’artiste vit, réfléchit et passe à l’action avec des projets
d’expositions, de vernissages et de lancements. Il partage ses visions
d’espoir et de rêve; il en a besoin. C’est sa source de vie. C’est sa
nourriture de l’esprit. Il ne peut s’en passer. Il se doit d’être seul
dans sa bulle en atelier, seul avec lui-même, avec ses pensées issues
d’inspirations diverses pour ensuite montrer ses trouvailles et les
résultats de ses recherches.
³Chef-d'œuvre : la plus belle œuvre d’un écrivain,
d’un artiste. Œuvre d’art particulièrement accomplie. Ce qui est parfait
en son genre.
Assurer la pérennité de l’œuvre?
Assurer la pérennité de l’œuvre ou poursuivre sa voie
dans l’éphémère? J’ai eu une bonne discussion avec une collègue et amie
artiste à ce sujet. Elle défendait ardemment l’idée de la conservation
du tableau. L’idée que l’œuvre doit traverser le temps et doit durer et
perdurer. Tout en comprenant son propos, je respectais ses idées, mais
ne les partageais pas. De mon côté, je défendais plutôt l’idée de
l’éphémère et du temps qui n’existe pas tant dans la pratique et dans le
moment privilégié vécu en atelier que dans le résultat, que je considère
peu important, ou du moins, pas autant qu’on semble lui accorder. Le
client qui achète le tableau achète aussi l’idée du tableau, qu’il soit
fait pour l’éternité ou pour un jour.
Un jour, mon professeur de peinture à l’Université
Laval, le très grand artiste de renommée internationale, Monsieur Michel
Labbé nous racontait qu’il venait de vendre une de ses œuvres et que le
mois suivant, le papier se décollait déjà. La cliente voulait être
remboursée, car elle avait investi une très grosse somme pour cette
œuvre.
Quand on achète un Labbé, on achète tout ce qui vient
avec. Il ne s’agit pas pour autant d’une « croute » ou d’une œuvre de
mauvaise qualité. C’est juste une œuvre d’un grand peintre.
Inspiration – révélation
L’artiste s’inspire de tout et de rien. De la nature,
du vent, du souffle, du feu, de l’air, du ciel et des étoiles, des
aurores boréales et des couleurs des fleurs, du ciel et de la terre. Il
s’inspire des nuages, des vents violents, des guerres et des mers; de
l’amour. C’est la révélation. Un état de grâce. Quelque chose qui
pénètre dans le cœur et le corps tout entier pour ensuite saupoudrer sur
une feuille de papier ou dans la chair de la toile, des encres ou des
huiles de couleurs diverses et celles des arcs-en-ciel, ou en noir,
quelque chose à faire rêver. L’artiste d’abord et avant tout rêve.
Je me souviens qu’à l’âge de cinq ans, avec mes
parents, j’étais allé voir mon grand père, Edgar Légaré, assis en plein
centre du hall d’entrée du Musée du Québec, alors qu’il était
surveillant à cet endroit que je trouvais déjà charismatique. Dès lors
et en ces lieux empreints de secrets, d’histoires et de mystères, j’ai
senti monter en moi une atmosphère indescriptible que je n’ai jamais
oublié.
Le choc des couleurs, je l’ai ressenti lorsque
j’étais en 9ième année à l’école secondaire Cardinal-Roy à Québec alors
que mon professeur était monsieur Irénée Lemieux¹. J’étais incapable de
me concentrer car, j’étais obnubilé, littéralement transporté par les
couleurs de ses tableaux qui tapissaient les murs de la classe. Elles
m’absorbaient totalement. Et c’est à ce moment que j’ai commencé à
peindre vraiment grâce à cet énergumène d’artiste complètement fou et
sensible qu’était Irénée Lemieux.
J’ai eu le bonheur de découvrir l’œuvre de Picasso au
Musée des Beaux arts, à Montréal alors que j’avais 16 ans. J’étais si
heureux de me retrouver devant des pièces d’aussi grandes envergures. À
regarder et à découvrir plusieurs visages dans le même, j’ai senti que
la liberté était là, dans la création. C’est là que j’ai cru que tout
était possible autant dans la vie que dans l’art.
Et que dire de plus au sujet du rose d’un des
tableaux de Paul Gaugin devant lequel une de mes collègues étudiante en
histoire de l’art pleurait à chaudes larmes?
J’ai dû m’asseoir devant l’ampleur de l’œuvre de
Michel Labbé au Musée du Québec. Je venais de saisir, d’un seul coup,
tous les propos du maître qui nous entretenait constamment de la
démarche et de la picturalité pendant ses cours de peinture à
l’Université Laval.
¹Irénée Lemieux (1931-2005) Artiste
peintre, sculpteur, professeur, musicien et chef d’orchestre. A fait
carrière à Québec comme professeur d’art plastique. A donné de
nombreuses représentations musicales avec son orchestre de chambre en
France et y a aussi exposé à plusieurs reprises ses œuvres picturales.
Peindre avec son corps tout entier
J’ai une anecdote à raconter à ce sujet. Peindre avec
son corps tout entier. En 2009, j’étais invité comme juge avec l’artiste
Roger Régnier et Frank Michel, directeur du Musée régional de Rimouski.
Notre travail consistait à choisir trois premiers prix du symposium de
peinture en Gaspésie. On s’est retrouvé devant des tableaux d’un artiste
qu’on ne comprenait pas ce qui se passait vraiment, mais j’ai mentionné
à mes collègues que ses tableaux me faisaient passer des frissons et que
cet artiste me donnait l’impression de peindre avec son corps tout
entier. C’est la première fois que l’on voyait un tel travail, une telle
vivacité et on s’est tous les trois laissé transporter par l’ensemble de
son œuvre à tel point qu’on lui a accordé le troisième prix. Mais sans
rien comprendre de sa technique ou de sa démarche picturale et
plastique. Mais on savait qu’il se passait quelque chose de physique et
de mental assez grandiose qu’on pouvait lire dans son œuvre. À la fin de
la journée d’évaluation, la personne responsable connaissait l’artiste
en question et nous a annoncé qu’il s’agissait d’un artiste du coin
atteint de la maladie de parkinson et qu’il réfléchissait sur son avenir
d’artiste. Il nous a avoué que ce prix lui avait redonné l’espoir et le
goût de continuer et poursuivre sa démarche; celle de peindre avec son
corps tout entier.
L’artiste rêve certes d’un monde meilleur, d’un homme
meilleur, d’un monde sans guerre, d’un jardin où il fait bon vivre; il
rêve et pelte des nuages et marche dans la neige sans laisser de trace.
Il marche dans les sentiers poétiques sur la terre
ferme et sur la lune et est plus souvent dans la lune que sur terre. Il
marche en forêt en souhaitant rencontrer la Grande Ourse. En pleine nuit
ou en plein jour, il rêve debout les yeux ouverts, la bouche bée à cœur
ouvert. L’artiste voyage, s’inspire et est fortement influencé par tout
ce qui l’entoure. Par son passé ou son présent, il tente de le
transformer, de le transposer dans l’avenir. Ses professeurs, ses
parents, ses maîtres, ses idoles, ses modèles, jamais il ne les renie.
On les sent tous quelque part dans ses œuvres tôt ou tard. C’est un bel
hommage à rendre à ses maîtres que d’en être le moindrement influencé à
un moment ou un autre dans sa carrière.
L’artiste vit des moments privilégiés avec la vie,
avec lui-même et avec le monde entier, avec les autres. Il en est
fortement influencé et s’en inspire régulièrement et à tout moment. Il a
des opinions sur la guerre, la politique, la pollution et cherche des
solutions. Il travaille de jour comme de nuit, il œuvre à tout instant
de la vie.
L’artiste est triste, inquiet, heureux; il pleure,
chante, déchante et boit. Il est sensible, dort peu et aboie. Il
dénonce, mais ne crie peu ni fort. Il parle et poétise et se fâche sans
faire de crises ni monte le ton, car il joue avec les tons, les teintes,
les clairs et les obscurs. Il écrit au pinceau et au couteau. L’artiste
est seul au monde et se sent seul au monde, mais en fait partie et le
sait pertinemment. Il transmet le tout sur un support quelconque afin de
s’en libérer et de l’offrir gracieusement. Il projette dans le lointain,
jusqu’au bout des horizons bleu vert tous ses espoirs.
Être artiste n’a rien à voir avec le fait de FAIRE de
la peinture. Un artiste ne fait pas de peinture. Il peint certes, il
sculpte, il travaille, mais il est d’abord et avant tout un artiste qui
vit de son ART. Et vivre de son art n’a rien à voir avec le signe ($).
Lorsqu’on me demande si je vis de mon art, si je vis bien de mon art, je
réponds toujours « certainement, et j’en vis très bien et beaucoup ».
Un autre artiste pour qui j’ai une très grande
admiration, c’est l’unique Hans Hartung. Un peintre profond qui, très
jeune a refusé de s’inscrire au Bauhaus¹ parce qu’il avait déjà
entrepris une démarche d’ordre picturale abstraite. Déjà très jeune, il
captait les éclairs. Il avait le sens de la spontanéité en peinture.
¹Bauhaus : École d’architecture et
d’arts appliqués, fondée en 1919, à Weimar en Allemagne. Y furent
maîtres les peintres Johannes Itten, Paul Klee, Kandinsky et plusieurs
autres.
Qu’est-ce que ça représente?
En principe, je n’ai pas envie de représenter quoi
que ce soit. Je désire plutôt présenter soit des gestes, des couleurs,
du mouvement, de la transparence, de la musique. Je trouve toujours
particulier et je suis toujours surpris de voir jusqu’à quel point les
gens, le public cherche tant à trouver des choses qui leur sont connues;
des choses qu’ils connaissent ou reconnaissent. Un chien, un chat, un
oiseau, etc. Ils ont tellement l’impression de voir de prime abord que
de l’abstrait! Qu’ils cherchent à reconnaître quelque chose absolument.
Alors que je considère qu’une simple tache, une
profondeur, une couleur, un mouvement sont si réels et concrets… Rien de
plus concret qu’une ligne de couleur, une forme, un jet.
Qu’est-ce que l’art abstrait?
L’art abstrait¹ est un ensemble de lignes, de formes
et de couleurs diverses formant un tout peu reconnaissable de prime
abord. C’est habituellement un tableau qui ne représente rien de
particulier, ni quelque chose de reconnaissable. Un ensemble chromatique
et formel qui, assemblé, ne contient pas de sujet précis. Sans être
incohérent, l’art abstrait est trop peu souvent reconnu à sa juste
valeur par le grand public.
Un jaune soleil, un jaune lumineux, un jaune de
désirs
Souvent un artiste s’approprie d’une couleur, de SA
couleur. Comme le poète s’approprie de ses propres mots. Ils sont
récurrents dans ses textes. Le peintre revient souvent à sa couleur.
J’ai une amie artiste, Isabelle Lockwell² qu’il vous faut découvrir sans
plus tarder, si ce n’est déjà fait. Elle s’était appropriée d’un jaune.
Elle s’était fait son propre jaune. Un jaune sourire, un jaune jeune,
rempli de vie et d’espoir, un jaune lumineux que je n’avais pas vu
souvent avant celui – là. Devant un de ses tableaux, je lui avais
déclaré : « mais dis-moi donc Isabelle, mais ce jaune t’appartient !
Mais tu devais bien être dans un tel état de bonheur grandiose quand tu
as peint cette toile! » Et elle me répondit du tac au tac, « je n’ai
peint que mes désirs. »
Combien de temps avez-vous mis à faire ce
tableau?
C’est la question qu’on me pose parfois devant un de
mes «jets bleus » ou devant un de mes tableaux présentant des taches de
couleur, des empâtements à l’acrylique, des gestes, des captations
d’ailes d’oiseau au fusain ou au pastel, des feuilles d’automne
effleurées par le vent du nord, la neuvième de Beethoven ou
Brandebourgeois de Bach. Je réponds ceci : « ça m’a pris une vie avant
d’en arriver à faire ce tableau, soixante ans (c’est mon âge), ou
quarante-trois ans de pratique, ou six mois de démarche artistique, ou
quelques secondes entre deux gorgées de bière.» Le temps n’existe pas;
particulièrement en atelier.
¹Abstrait : privé de réalité concrète
ou de références à des éléments matériels. Qui ne cherche pas à
représenter la réalité tangible; non figuratif.
²Isabelle Lockwell : Jeune artiste
québécoise en pleine émergence. Voir isabellelockwell.com
Mon premier coup de pinceau
En 2010, le RAS (Rassemblement d’artistes de la
Seigneurie), un regroupement d’artistes professionnels du Kamouraska a
invité quatre artistes qu’ils ont jumelés à quatre personnalités du
monde politique à peindre un tableau devant public. Pour l’occasion, on
m’a jumelé au très réputé Bernard Généreux, ex-maire de La Pocatière en
pleine campagne électorale fédérale. L’activité publique s’intitulait «
mon premier coup de pinceau » et ce fut une expérience extraordinaire de
voir tant de gens curieux devant notre table de travail et attendre de
voir ce qu’on allait faire comme CHEF-D’ŒUVRE. Il fut fort intéressant
de constater jusqu’à quel point Monsieur Généreux fut si généreux de son
temps.
Mais j’ai cru bon, avant de commencer l’expérience,
de me présenter à monsieur Généreux et de lui expliquer en quelques
minutes et en quelques mots, ma démarche artistique et ma vision
personnelle. « D’abord Bernard, le temps n’existe plus ». Il prend sa
montre, l’enlève de son bras et la met dans ses poches. « Ensuite, le
téléphone ne sonne plus », lui dis-je. Dès lors, il prend son cellulaire
et le ferme. J’ai vu qu’il a compris, a joué le jeu et s’est impliqué à
fond dans l’expérience de la création. Il était fort attentif et a saisi
la chose à un point tel que le résultat final était en quelque sorte
plus ou moins important. On venait de vivre quelque chose de spécial, on
était sur la même longueur d’onde, on était devant un précipice et on a
relevé le défi avec brio, en duo. Et le tableau ne nous appartenait déjà
plus. Il appartenait à tous ceux et à toutes celles qui le regardaient.
Conclusion
C’est le plus beau métier du monde. Un travail de
création dans une liberté totale. L’artiste ne fait aucun compromis, car
l’ordre des choses lui appartient. Il a un beau pouvoir. Comme celui de
l’animateur radio ou télé devant son micro. Il ne faut jamais abuser de
ses pouvoirs et savoir en user sciemment et consciemment. Peut-être
allez-vous me demander si d’autres personnes peuvent vivre ceci sans
être artistes? Je répondrais que je le souhaite. Il n’est pas
obligatoire d’écrire pour être poète.
Artistiquement vôtre,
Poétiquement vôtre,
Raynald Légaré
artiste multidisciplinaire
atelier Lichepain
Janvier 2012.
Raynaldlegare.com
raynaldlegare@hotmail.ca

Démarche artistique
Depuis plus de quarante ans que je prends plaisir à découvrir les joies
et les difficultés de la pratique artistique. Photographie, dessin,
peinture, sculpture, installation et poésie font partie de ma vie
d’artiste depuis mon tout jeune âge.
La passion de la recherche et de la découverte, tant
picturale, sculpturale que poétique habite toujours mon être et mon
corps tout entier.
Ma recherche picturale actuelle s’élabore autour du
geste, de la gestuelle, du rythme et de l’étude des réactions
médium/support. La matière et la couleur font partie intégrante de la
recherche picturale de mon travail.
Carton, bois, papier, écorce enduit de peinture, de
fusain, d’encre et de pastel incluant une gestuelle rythmique
d’inspiration ¹Kandinskyenne sous influence musicale complète le
questionnement.
¹Kandinskyenne pour Vassily Kandinsky,
peintre russe naturalisé allemand, puis français. L’un des initiateurs
de l’art abstrait et professeur au Bauhaus. Il a notamment écrit Du
spirituel dans l’art qui fonde le lyrisme sur la « nécessité intérieure
».
Raynald Légaré
Artiste
raynaldlegare@hotmail.ca
raynaldlegare.com
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